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jeudi 12 janvier 2012

Biographie de Gary Cooper (1/5) : Un cow-boy du Montana

Gary Cooper entouré de sa mère Alice, son frère Arthur et son père Charles

1901-1934 : Un cow-boy du Montana

> Origines
Les ancêtres de Gary Cooper n'étaient pas américains mais britanniques. Au début des années 1890, son oncle, Walter Cooper, émigra aux Etats-Unis, probablement attiré par les récits et histoires qu'il entendait à propos de l'Ouest sauvage, des cow-boys et des indiens. Il s'installa à Last Chance Gulch, qui devint Helena, la capitale du Montana, et travailla pour une compagnie de chemins de fer. Son petit frère, Charles, vint le rejoindre quelques années plus tard, rentra également au service de la compagnie et travailla en parallèle dans une boulangerie, avant d'entamer des études de droit.

En 1894, Charles rencontra Alice Brazier, elle aussi venue récemment d'Angleterre pour commencer une nouvelle vie aux États-Unis, et l'épousa. Leur premier fils, Arthur, naquit l'année suivante, et Frank James le 7 mai 1901.

> Enfance
Arthur et Frank grandirent dans la onzième rue, à Helena, dans une confortable maison à deux étages, passant beaucoup de leur temps libre à battre la campagne. Charles Cooper devint un juriste réputé, et décida d'envoyer ses enfants passer quelques années en Angleterre, avec l'accord de leur mère, pour parfaire leur éducation. Hébergés chez Mr et Mme Barton, ils intégrèrent pour trois ans la Grammar School de Dunstable. Gary Cooper affirma plus tard ne pas avoir de bons souvenirs de cette période où il regrettait le Montana, même si Dorothy Barton, la fille de son logeur en Angleterre, se souvint dans les années 1980 d'un garçon très gai qui ne semblait pas du tout malheureux.

Charles Cooper acheta un ranch à 70 kilomètres de Helena, le domaine Seven Bar Ranch, à Sunnyside, et engagea peu à peu du personnel pour l'entretenir et le développer. Arthur et Frank, à leur retour d'Angleterre, s'y installèrent également pour y travailler. Le jeune Frank abandonna même l'école temporairement en 1917, quand son frère s'engagea pour aller combattre en Europe, et s'occupa du ranch avec sa mère.

Il se prit de passion pour le dessin en voyant les fresques de Charles Russell sur les murs du Capitole de Helena, et s'y consacra sérieusement à son retour au collège. Il en fut pourtant renvoyé pour indiscipline et fut admis à celui de Gallatin, pour terminer la première partie de ses études.
Adolescent, il fut victime d'un accident de voiture, avec un camarade d'école, et resta de longs mois allongés. En convalescence à Sunnyside, il partagea son temps entre le dessin et les chevauchées. Entre temps, le ranch devint très important et Charles Cooper fut nommé à la Cour Suprême.

Les peintures du Capitole à Helena, par Charles Russell

En 1922, Frank s'inscrivit au collège de Grinnel, dans l'Iowa, en section Beaux Arts. C'est là semble-t-il qu'il se confronta pour la première fois au théâtre, par l'intermédiaire du Club Dramatique du collège, auquel il ne fut pourtant jamais admis, sinon à titre honorifique, une fois devenu vedette à Hollywood. Pendant les vacances d'été, pour se changer du ranch et gagner sa vie, il fut conducteur d'autobus pour touristes dans le parc de Yellowstone.
En 1923, parce que c'est parents avaient déménagés sur la côte et par amour d'une jeune fille qui lui demanda d'aller faire fortune à l'Ouest, Frank s'installa à Los Angeles.

> Les débuts comme cascadeur
Il essaya de se faire engager comme dessinateur dans un journal, puis dans une agence de publicité, sans succès, et pour quelques dollars il fit du porte à porte pour un photographe professionnel. Il travailla également quelques temps comme vendeur de rideaux de scènes pour théâtres et cinémas. Pour autant, Frank Cooper n'était pas dans la misère : il vivait chez ses parents et sa mère le couvait à outrance.

En 1924, il retrouva par hasard deux amis d'enfance qui travaillaient dans le cinéma comme cascadeurs : leur job consistait à tomber de cheval pour 10$ par jour. Intéressé, Frank débuta peu après dans un film, probablement de Edward Sloman, The Last Hour, et rencontra Slim Talbot, qui devint par la suite sa doublure sur la plupart de ses films. Quelques années plus tard, il affirma que son premier souvenir de cinéma était un film avec Tom Mix, probablement Dick Turpin. Il enchaina ensuite les films, les apparitions et les cascades dans plusieurs films, tournés à la chaîne, dont La ruée sauvage, L'aigle noir ou Ben-Hur, A Tale of the Christ. Ces années furent éprouvantes physiquement et ses multiples chutes sans protections lui valurent des problèmes de santé toute sa vie.

Gary Cooper (à gauche) dans Tricks, 1925.

Décidé à ne pas rester dans l'ombre éternellement, et probablement par appât du gain, Frank prit les choses en main : il apprit à se maquiller correctement et se paya plusieurs photos de qualité. Pour 65 dollars, il investit même dans un petit film où il montrait ses prouesses sur un cheval. Grâce aux relations de son père, il rencontra une star de l'époque, Marilyn Mills, qui insista par pitié pour lui confier un rôle dans son prochain film, Tricks. Elle lui conseilla également de prendre un impressario, Nan Collins. Frank Cooper était, à l'époque, le patronyme de centaines de cascadeurs et même d'un assassin. Nan Collins conseilla donc à son nouveau protégé de changer de nom, et lui proposa le nom de sa ville natale dans l'Indiana, Gary. Sans réfléchir, il accepta ce changement et le fit légaliser quelques années plus tard.

> Les premiers rôles
Gary Cooper se présenta au réalisateur John Waters et au producteur Samuel Goldwyn. Dans un couloir, il rencontra même Henry King, à qui il montra sa petite bobine de présentation. Il est difficile de savoir grâce à qui, mais Cooper réussit à se faire engager sur le tournage de Barbara, fille du désert, et par un concours de circonstances, obtint un rôle à part entière. Goldwyn voulut lui offrir un contrat à 75 dollars par semaine, mais Cooper accepta celui de la Paramount, à 125 dollars par semaine. Le film lui valut ses premières critiques positives.

Il tourna dans Le démon de l'Arizona en 1927 sous la direction de John Waters, qui lui offrit sa première scène de baiser au cinéma avec Thelma Todd. Au cours d'une réception, il rencontra Clara Bow, qui était déjà une star du grand écran, et qui menait plusieurs relations amoureuses de front, dont une avec le réalisateur Victor Fleming. Elle insista pour que Cooper obtienne un petit rôle dans Le coup de foudre (It), puis qu'il partage la vedette dans Les enfants du divorce, sur lequel il entretint des relations houleuses avec le réalisateur Frank Llyod.

Gary Cooper dans Les Ailes (1927)

Paramount décida d'investir plusieurs millions dans une très grande épopée aérienne, mise en scène par William Wellman, Les Ailes. A nouveau, Clara Bow insista pour que sa nouvelle conquête obtienne un petit rôle dans le film. Il tourna une petite scène qui changea sa vie : on le voit arriver, serrer la main à ses amis et manger une tablette de chocolat puis, un peu après, son avion s'écrase. Ses amis retrouvent la tablette de chocolat entamée. Si ce petit moment l'imposa aux yeux des spectateurs, Cooper fut mécontent de sa scène, qu'il pensait avoir raté.

> Naissance d'une vedette
Gary Cooper fut engagé comme vedette sur Beau Sabreur, de John Waters. Ironie de l'Histoire, ce film était la suite de Beau Geste (1926), dont il tourna une nouvelle version ... quelques années plus tard. Il eut sur ce film une liaison avec Evelyn Brent, puis enchaina avec Les pilotes de la mort, avec Fay Wray (la vedette de King Kong). S'il ne s'est jamais rien passé d'autre entre eux que de l'amitié, la Paramount voulut faire croire à une relation amoureuse pour mieux promouvoir leur film suivant, Rien que l'amour, en 1928.

Colleen Moore choisit Gary Cooper comme partenaire pour Ciel de gloire (Lilac Time), dans une production First National. Le succès montant de Cooper ne leur permit pas de retravailler avec elle. Vedette, Cooper ne jouait pratiquement plus de westerns, mais beaucoup de films aériens. Pour Le Rêve immolé (The Shopworn Angel) avec Nancy Carroll, il parla pour la première fois à l'écran.

Avec Lupe Velez dans Le chant du loup (1929)

Cooper rencontra Lupe Velez en 1929 pour tourner Le chant du loup, de Victor Fleming, et ne la quitta plus, s'affichant avec elle en couverture de tous les journaux à scandale de l'époque, les journalistes les poursuivant partout, jusque dans leur villa cachée de Catalina. Il fut même question de mariage, mais il semblerait que la mère de Gary Cooper soit intervenu en sa défaveur.

Dans Mensonges, de Lewis Milestone, il eut pour partenaire le difficile acteur allemand Emil Jannings, puis revint au western avec The Virginian, son premier film entièrement parlant (les autres étaient plus sonorisés que parlés). Grosse production, dirigée par Victor Fleming, le film fut tourné en extérieurs, ce qui à l'époque n'allait pas de soi et engendrait un certain nombre de problèmes techniques. Il eut pour partenaire sur le film un jeune acteur, chargé de lui faire répéter l'accent de Virginie, Randolph Scott. Pour la promotion, la Paramount le compara à William S. Hart, la première grande star du western muet. Le film fut un triomphe et imposa Gary Cooper comme vedette.

Il enchaina les films dans les mois suivants : Seven Day's Leave, Only the Brave, The Texan et Les écumeurs, et enfin Cœurs brûlés, de Joseph von Sternberg. Sa relation avec Marlène Dietrich fut excellente, et probablement teintée d'amour, mais celle avec le réalisateur fut détestable : Cooper était persuadé - probablement à juste titre - qu'il ne voulait mettre en exergue qu'une vedette, Marlène, et qu'il méprisait le reste de la distribution, dont Adolphe Menjou (affirmations et rumeurs qui furent démenties par le réalisateur dans son autobiographie). Les critiques pour Cooper furent néanmoins très bonnes.

> A la conquête du monde
L'attaque de la caravane fut un film à très grands moyens : deux réalisateurs, deux équipes, neufs compositeurs, des décors en extérieurs et des kilomètres de pellicules (certaines rushes furent même utilisées pour d'autres films). Le soir, Cooper tournait un autre film, Les Carrefours de la ville, sous la direction de Rouben Mamoulian, dont Clara Bow refusa d'être la vedette féminine. Épuisé par le rythme des tournages et voulant probablement fuir Lupe Velez, Cooper s'envola pour l'Europe.

Avec la comtesse Dorothy Di Frasso

Un ami producteur lui demanda d'aller à la rencontre de son amie, la comtesse Dorothy Di Frasso, qui vivait à Rome dans une somptueuse demeure. Croqueuse d'hommes, elle prit en main son jeune invité et l'invita dans un tour d'Europe à la rencontre de la haute société, durant plusieurs semaines, mais la Paramount pria sa vedette de rentrer, pour lui faire tourner Sa femme, avec Claudette Colbert, puis I Take This Woman avec Carole Lombard. Les deux films furent des échecs cuisants.

Visiblement lassé du cinéma, Cooper s'envola à nouveau avec sa nouvelle amie en 1932, cette fois pour l'Afrique. Mais, ruiné et loin des plateaux, il revint rapidement à Hollywood pour sauver sa carrière. La Paramount ne l'avait pas rappelé et lui avait même trouvée un remplaçant, le jeune Cary Grant. C'est d'ailleurs avec lui qu'il tourna Le Démon du sous-marin.

Cooper n'était pas le premier sur la liste des comédiens susceptibles d'incarner Frederic Henry dans l'adaptation du roman de Ernest Hemingway, L'adieu aux armes, mais il fut assez convaincant pour récupérer un rôle destiné à Fredric March. Face à Helen Hayes, il interpréta le rôle le plus dialogué et le plus profond de sa première partie de carrière, et le film obtint plusieurs nominations aux Oscars (il en remporta deux). Fort de sa performance et de la nouvelle tournure que prenait sa carrière, Gary Cooper réclama pour son film suivant, Après nous le déluge, une augmentation conséquente de son salaire.

Veronica "Rocky" Balfe et Gary Cooper

Lors d'une réception, Gary Cooper rencontra Veronica Balfe, jeune actrice qui tentait sa chance sous le nom de Sandra Shaw et l'épousa le 15 décembre 1933 à New York, dans la plus stricte intimité.

jeudi 21 avril 2011

Sergent York (1941)


>> ÉQUIPE TECHNIQUE / CARACTÉRISTIQUES
Titre original : Sergeant York, Réalisateur : Howard Hawks, Scénario : Abem Finkel, Howard Koch, John Huston et Harry Chandlee, Producteur : Hal B. Wallis et Jesse L. Lasky, Musique : Max Steiner, Photographie : Sol Polito, Direction artistique : John Hughes, Montage : William Holmes, Genre : Guerre, Durée : 134 minutes, Noir et Blanc, Sortie US : 27 septembre 1941.

>> DISTRIBUTION
Gary Cooper (Alvin C. York), Walter Brennan (Pasteur Rosier Pile), Joan Leslie (Gracie Williams), George Tobias ('Pusher' Ross), Stanley Ridges (Buxton), Margaret Wycherly (la mère de York), Ward Bond (Ike Botkin), Noah Beery Jr. (Buck Lipscomb).

>> HISTOIRE
1917. Alvin York est un fermier du Tennessee, qui préfère l'alcool aux sermons du pasteur, jusqu'au jour où la foudre tombe à côté de lui, faisant fondre son fusil. Voyant là un signe divin, il s'investit dans la religion tout autant que dans son travail. Fiancé à Gracie Williams, il refuse tout d'abord d'aller combattre en Europe quand la guerre éclate, mais s'y voit contraint par l'administration.
Dénouement. Vu comme un objecteur de conscience, un pacifiste, par ses supérieurs, il épate par ses qualités de tireur. Petit à petit, grâce au major Buxton, il conçoit la guerre comme le moyen de défendre ses libertés individuelles, et se voit nommé caporal. Envoyé sur le front, il devient le héros de toute sa nation en sauvant ses hommes d'une embuscade allemande, et en faisant capturer 132 prisonniers à lui tout seul. Décoré par la France, l'Angleterre et les États-Unis, et après un passage triomphal à New York, il rentre chez lui pour se marier et s'occuper de sa ferme.

>> AFFICHES


>> NOMINATIONS ET RÉCOMPENSES
Nominations :
- Cérémonie des Oscars, 1942 : Meilleur film, Meilleur acteur (Gary Cooper), Meilleur acteur dans un second rôle (Walter Brennan), Meilleure actrice dans un second rôle (Margaret Wycherly), Meilleur réalisateur (Howard Hawks), Meilleur scénario original (Harry Chandlee, John Huston, Abem Finkel et Howard Koch), Meilleure photographie en noir et blanc (Sol Polito), Meilleure direction artistique en noir et blanc (John Hughes et Fred M. MacLean), Meilleur son (Nathan Levinson, Warner Bros.), Meilleur montage (William Holmes), Meilleure musique (Max Steiner).

- New York Film Critics Circle, 1941 : Meilleur acteur (Gary Cooper)

Récompenses :
- Cérémonie des Oscars, 1942 : Meilleur acteur (Gary Cooper), Meilleur montage (William Holmes).

- New York Film Critics Circle, 1941 : Meilleur acteur (Gary Cooper).

- L'American Film Institut a classé Sergent York dans plusieurs listes :
     . 57ème film le plus inspirant de tous les temps.
     . 35ème plus grand héros de film de tous les temps (Alvin York, Gary Cooper).

>> AUTOUR DU FILM
Alvin C. York (1887-1964) fut un réel héros des États-Unis, engagé dans l'armée américaine en 1917, tireur d'élite et décoré pour avoir tué une trentaine d'ennemis et capturé 132 prisonniers à lui tout seul.  En 1919, au sortir de la guerre, il triompha à New York (la scène est dans le film) dans la grande parade de l'armistice où il fut ovationné par le public. Jesse L. Lasky, pionnier du cinéma à Hollywood (il fut le producteur du premier film tourné sur place, réalisé par Cecil B. DeMille), assista à cette parade et eut l'idée de réaliser un film sur le destin de cet homme.

Le véritable Alvin Cullum York, décoré après la guerre.

Des années plus tard, après plusieurs tentatives avortées, il rencontra Alvin York qui donna son accord pour faire un film, à la seule condition que Gary Cooper soit l'interprète principal. Toutefois celui-ci ne fut pas tout de suite emballé, voire même hostile à ce projet, jusqu'à ce qu'il rencontre personnellement le héros. Hal B. Wallis, chargé de production, proposa Michael Curtiz comme réalisateur, proposition rejetée par Cooper. Mais la Paramount refusa de "prêter" Henry Hathaway, tout comme Universal refusa Victor Fleming. Finalement, c'est Howard Hawks qui fut emprunté à Samuel Goldwyn, pour une très grosse somme. Le réalisateur de Scarface et Gary Cooper acceptèrent de faire le film par amitié pour Lasky, alors dans une situation financière exécrable (l'acteur qui fut "prêté" pour Sergent York en échange de Bette Davis).

Le tournage eut lieu dans les grands studios de la Warner, dans la vallée de San Fernando, à côté de Los Angeles, et sortit en septembre 1941 aux Etats-Unis. Howard Hawks aurait voulu une femme plantureuse pour incarner l'épouse de York, mais Wallis refusa et lui imposa Joan Leslie, pour qu'elle incarne une femme de la campagne, simple. Le succès fut considérable, rapporta près de deux millions de dollars de recettes, et le principal intéressé, satisfait de l'adaptation cinématographique d'une partie de sa vie, déclara "J'ai fourni l'arbre et Hawks a mis des feuilles".

Dans un contexte troublé - quelques mois avant l'attaque sur Pearl Harbor, et l'entrée en guerre des États-Unis - le film apparut (et apparaît toujours) comme une œuvre de propagande, "liée aux enjeux de l'engagement des États-Unis contre le régime nazi" pour servir leur "cause interventionniste qui avait besoin de modèles et de légendes", renouant alors avec les stéréotypes de la culture de 14/18 (la scène où York tue les allemands comme les vulgaires dindons de sa campagne, notamment). Le film ne fut évidemment pas projeté en France occupée, et ne sortit que le 4 avril 1945 dans l'hexagone. (d'après les ouvrages de Noël Simsolot, Patrick Brion et Laurent Veray, voir la bibliographie)

>> RÉPLIQUES
- "Regarde ce vieux chêne, il paraît solide. Il a vu ton père labourer ce champ. On croirait qu'il ne tomberait jamais hein ?
- Oui.
- Fièrement dressé vers le ciel. Eh bien non ! Il tient grâce à ses racines, dans le sol. On ne les voit pas, mais elles existent. Ainsi l'homme doit avoir des racines, ailleurs qu'en lui même."
(Walter Brennan/Gary Cooper)

- "Je n'ai pas le droit de me mettre entre vous.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Ce que j'essaie de dire, mademoiselle Gracie, c'est qu'un brave type comme lui fera un bon mari.
- Comment ?
- Et si vous changiez d'avis en faveur de Zeb, je crois que ...
- Quoi ?
- Que je comprendrais.
- C'est trop fort ! Écoutez moi bien, si je voulais Zeb Andrews, je l'aurais, et sans que vous fassiez le grand cœur. Je vous ai embrassé non ?
- Oui.
- Je ne cours pas les champs pour embrasser le monde ! Maintenant écoutez moi bien, j'épouse une terre ?
- Oui. Euh ... non !
- Un troupeau ?
- Non.
- Un champs ? Je vous épouserai et personne d'autre."
(Gary Cooper/Joan Leslie)

- "Je travaille dans le métro mais j'ai jamais pensé aux gars qui l'ont creusé. Depuis que je suis troufion, je les respecte."
(George Tobias)

- "Où avez vous appris à tirer ?
- Nulle part. Chez moi, on dit que je savais tirer avant de naître."
(Harvey Stephens/Gary Cooper)

- "Que croyez vous que Boone cherchait dans vos forêts ?
- Je n'y ai pas réfléchi.
- De nouvelles terres ?
- Probablement.
- Possible ... Mais peut-être autre chose. Une chose que l'homme ne peut voir ni toucher, qu'il ne conçoit pas avant de l'avoir perdue.
- Je vous écoute.
- La liberté. C'est rare un homme libre. C'est ce qu'il cherchait, c'est pour cela que Boone est venu dans vos forêts.
- On raconte ça là-dedans ?
- Oui. C'est l'histoire d'un peuple luttant pour sa liberté, du début jusqu'à nos jours, car rien n'est fini. Une longue histoire York, la genèse du premier gouvernement déclarant que la communauté défend l'individu et l'individu la communauté. Le gouvernement du peuple, par, et pour le peuple."
(Stanley Ridges/Gary Cooper)

>> CRITIQUES
"Le récit de Sergent York, fermier héros de guerre, converti à la justesse morale du combat armé par une révélation en plein orage, lui permet [à Howard Hawks] de créer avec Gary Cooper une figure comique truculente, sincère et professionnelle. Comme les décors de campagne en studio, les dimensions folkloriques et religieuse du film lui sont étrangères, mais il les applique avec sérieux en se concentrant sur l’excentricité d'Alvin York." (P. Berthomieu, Hollywood classique, le temps des géants, Nîmes, Éditions Rouge profond, 2009, p. 280)

"Quel est le pire ennemi de la guerre ? Le patriotisme. C'est pourtant lui qui irrigue de la première à la dernière image cet extraordinaire portrait de héros, brave montagnard pacifiste devenu à son corps (presque) défendant une légende vivante de l'Amérique belliciste. Combiné au charisme oscarisé de Gary Cooper, le génie visuel d'Howard Hawks a de quoi susciter un garde-à-vous réflexe." (B. Achour et V. Serlat, "A la guerre comme à la guerre", Les années laser, n°167, septembre 2010, p. 86)

"[...] Il reste un film longuet dans sa première partie, et admirable de concision dans la description des combats et de la vie militaire." (J. Tulard, Guide des films, Paris, Robert Laffont, 2002, p. 892)

"Mis à part son militarisme, souvent gênant, Sergent York bénéficie de la composition chaleureuse de Gary Cooper. Grâce à lui, le film devient l'histoire d'un homme simple qui renonce peu à peu à sa vie de bagarreur inconscient pour travailler, inlassablement, et tenter de pouvoir acheter la tenue qu'il destine à sa future femme. Cette partie du film est sans doute la plus attachante dans sa description de la province américaine." (P. Brion, Le cinéma de guerre, Paris, Éditions de la Martinière, 1996, p. 97)

"C'est l'une des très rares oeuvres de Hawks à présenter un personnage complètement primitif et c'est aussi l'un de ses rares films où  le mélange des tons n'intervient pas directement. Le classicisme de Hawks, son refus si caractéristique de tout formalisme, également son respect du personnage qu'il a à traiter, transcendent cette imagerie d’Épinal à laquelle, d'autre part, s'accorde parfaitement la naïveté sublime du style de jeu de Cooper." (J. Lourcelles, Dictionnaire du cinéma, les films, Paris, Robert Laffont, 1992, p. 1361)

"[Sergent York] est aussi une œuvre à double prise de conscience (religieuse, puis patriotique) qu'une désignation cynique de la colonisation d'un individu par les tables de Dieu et celles de la Nation." (N. Simsolot, Howard Hawks, Paris, Cahiers du cinéma, 2007, p. 135)

"A voir les choses de plus près, il est probablement impossible que York soit à la fois un idiot et le champion des valeurs morales de l'Amérique. Pour certains spectateurs, il sera d'ailleurs ou l'un, ou l'autre. Mais le génie de Hawks sera de nous faire accepter cette ambiguïté impossible, de tenir toujours en éveil notre pouvoir de réflexion et d'interrogation." (L. Moullet, Politique des acteurs, Paris, Éditions de l'étoile, 1993, p. 34)

>> PHOTOS DU FILM


>> PHOTOS D'EXPLOITATION


>> PHOTOS DE TOURNAGE


>> LA CÉRÉMONIE DES OSCARS DE 1942


>> DOCUMENTS
Fiche "Portraits de stars : l'encyclopédie du cinéma" spéciale Sergent York.

mardi 12 avril 2011

Ben-Hur (1925)


>> ÉQUIPE TECHNIQUE / CARACTÉRISTIQUES
Titre original : Ben-Hur, A Tale of the Christ, Réalisateur : Fred Niblo, Scénariste : Carey Wilson et Bess Meredyth, Producteur : J. J. Cohn, Samuel Goldwyn et Louis B. Mayer, Musique : William Axt et David Mendoza, Photographie : Clyde De Vinna, René Guissart, Percy Hilburn et Karl Struss, Direction artistique : Horace Jackson et Harry Olivier, Montage : Lloyd Nosler, Genre : Péplum, Durée : 143 minutes, Noir et Blanc, Sortie US : 30 décembre 1925.

>> DISTRIBUTION
Ramon Novarro (Ben-Hur), Francis X. Bushman (Messala), May McAvoy (Esther), Betty Bronson (Mary), Claire McDowell (la princesse de Hur), Kathleen Kay (Tirzah), Carmel Myers (Iras), Nigel de Brulier (Simonides), Mitchell Lewis (le sheik Ilderim), Gary Cooper (un figurant).

>> HISTOIRE
Au premier siècle, Judah Ben-Hur, héritier d'une grande famille aristocratique de Judée, est accusé d'avoir attenté à la vie d'un officier romain. Trahi par son meilleur ami Messala, un romain, Ben-Hur est envoyé aux galères, ses biens confisqués et sa famille jetée en prison.
Dénouement. Aux galères, Ben-Hur sauve la vie du commandant romain Arius lors d'une bataille meurtrière contre des pirates. Adopté par celui-ci, il jure de retourner en Judée se venger. Il s'engage comme meneur de chevaux chez le cheik Ilderim et parvient donc à affronter Messala lors d'une grande course de chars. Vainqueur, il abandonne son ancien ami gravement blessé à son sort. De retour en Judée, il apprend que sa mère et sa sœur sont devenues lépreuses. Tous se retrouvent lors du chemin du croix du Christ, qui guérit les malades.

>> AFFICHES


>> RÉCOMPENSES ET NOMINATIONS
-

>> AUTOUR DU FILM
- Quand arriva l'apogée du cinéma muet, les producteurs décidèrent de réaliser le plus grand film de tous les temps et s'attaquèrent à nouveau au célèbre roman du général Lewis Wallace, Ben-Hur, A Tale of the Christ. Le film réalisé par Fred Niblo fut un succès phénoménal et permit à la jeune Metro-Goldwyn-Mayer d'établir sa réputation. Toutefois, il fallut plusieurs années avant de rentabiliser le film (grâce à sa ressortie en 1931 notamment - avec son et musique), qui coûta quatre millions de dollars.
Des décors importants furent construits en Italie, non sans difficultés (grèves, opposants fascistes). Les premières rushes furent désastreuses et les producteurs décidèrent de changer de metteur en scène et de vedette (Rudolph Valentino fut même envisagé). Des scènes à grand spectacle furent tournées (la destruction d'un palais romain) et pour mettre en valeur certaines scènes, les producteurs recoururent au premier Technicolor. Pour les batailles navales, des galères grandeur nature furent construites, et un incendie réel se déclara sur un navire pendant des prises de vues (la scène apparaît d'ailleurs dans le film). Tout le monde fut ensuite rapatrié à Culver City pour terminer le film.
Un immense décor fut construit pour la course de chars dans l'arène et des milliers de figurants furent engagés. La MGM engagea 42 cadreurs. Là aussi un accident eut lieu, et il fut gardé dans le film. L'un des assistants réalisateurs en charge de la scène était William Wyler, futur réalisateur de la seconde version de Ben-Hur. (Bonus du DVD Ben-Hur, édité par Warner Home Vidéo)

- Ben-Hur, A Tale of the Christ est probablement un des premiers films de Gary Cooper. Il y apparaît comme figurant, très certainement lors de la course de chars et n'est, bien entendu, pas crédité au générique.

>> RÉPLIQUES
Film muet.

>> CRITIQUES
"L'un des films les plus célèbres du muet, qui reste aujourd'hui encore impressionnant dans ses grands moments : la bataille navale et surtout la course de chars." (J. Tulard, Guide des films, Paris, Robert Laffont, 2002, p. 329)

>> PHOTOS DU FILM


>> PHOTOS DE TOURNAGE