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vendredi 29 avril 2011

La mission du commandant Lex (1952)


>> EQUIPE TECHNIQUE / CARACTÉRISTIQUES
Titre original : Springfield Rifle, Réalisateur : André De Toth, Scénario : Frank Davis et Charles Marquis Warren, Producteur : Louis F. Edelman, Musique : Max Steiner, Photographie : Edwin DuPar, Direction Artistique : John Beckman, Montage : Robert L. Swanson, Genre : Western, Durée : 89 minutes, Couleur, Sortie US : 29 octobre 1952.

>> DISTRIBUTION
Gary Cooper (Major Alex Kearney), Phyllis Thaxter (Erin Kearney), Paul Kelly (Lieutenant John Hudson), Lon Chaney Jr. (Pete Elm), Philip Carrey (Capitaine Edward Tennick), James Millican (Matthew Quint), David Brian (McCool), Wilton Graff (Colonel Sharpe).

>> HISTOIRE
Pendant la guerre de Sécession. Le commandant 'Lex' Kearney, chargé de convoyer un troupeau de chevaux pour l'armée, refuse d'affronter des voleurs pendant une embuscade et fait sonner la retraite. Accusé de lâcheté par le capitaine Tennick, il passe en jugement, avant d'être reconnu coupable, dégradé et expulsé de l'armée. Après une rixe avec le responsable de sa déchéance, il est même jeté en prison.
Dénouement. Avec deux voyous, il parvient toutefois à s'évader et à se faire embaucher par McCool, le chef de la bande qui vole les chevaux de l'armée des États-Unis pour les revendre aux Sudistes. Le commandant Lex est en réalité un contre-espion chargé de démasquer le traitre au sein de l'armée. Après s'être substitué à McCool, il découvre que le traitre est l'homme le plus haut placé du camp militaire, le chef John Hudson. Confondu à son tour par ce dernier, Lex parvient - grâce à ses hommes restés fidèles - à le faire arrêter et à tuer les voleurs. Son action est reconnue comme efficace par l'armée, et il est réincorporé avec les honneurs.

>> AFFICHES


>> NOMINATIONS ET RÉCOMPENSES
-

>> AUTOUR DU FILM 
Rencontre avec André De Toth (extrait, 1967). 
- "Est-ce vous ou Charles Marquis Warren qui a eu l'idée de Springfield Rifle ?
- Tous les deux. Je me suis dit, un beau jour, que dans toutes les guerres, il y avait eu des espions. Pourquoi pas pendant la guerre de Sécession ? Charles Marquis Warren connaissait très bien l'histoire de l'Ouest, et il m'a donné des détails curieux. Mais le film que vous avez vu n'est qu'un squelette. En fait, j'avais tourné l'un des plus longs films après Autant en emporte le vent, presque deux heures et demie, et on m'en a coupé près de trois quarts d'heure. On a supprimé tout ce qui humanisait les personnages, et notamment celui de Gary Cooper dans les relations avec sa femme. Sans parler de longues scènes dans la neige et d'une bataille dans la brume. Elle, je l'avais vraiment tournée dans la brume. Les combattants se cherchaient et ne se voyaient pas. C'était magnifique. Mais il n'en reste rien". (B. Tavernier, Amis américains, Arles, Institut Lumière/Acte Sud, 2008, p. 486)

André De Toth (extrait, 1993)
- [...] "Prenez Springfield Rifle, avec la scène dans le brouillard. Un matin je me suis réveillé et je suis allé sur le plateau - j'aimais beaucoup y arriver le premier. Ce jour là je ne pouvais pas voir le bout de mon bras tellement le brouillard était dense. J'ai appelé mon assistant et lui ai demandé de réveiller toute l'équipe pour aller tourner. J'ai moi même sorti du lit Gary Cooper qui n'était pas un homme facile au réveil - après il redevenait adorable". (Idem, p. 497)

- Le tournage fut bref, 28 jours, et coûta 628 000 dollars. Dans son autobiographie, le réalisateur André De Toth raconte que Gary Cooper avait pour habitude de faire des siestes en pleine nature et, pour pouvoir le retrouver plus facilement en cas de besoin, on lui accrochait des ballons gonflables (pour signaliser sa "position"). Un jour, lors d'une scène à laquelle il ne participait pas, les chevaux s'emballèrent "comme un torrent déferlant sur tout, équipements, hommes", et furent maîtrisés un peu après sans causer de dégâts majeurs. Seulement, personne ne savait où était Gary Cooper (ses ballons étaient crevés). Celui-ci arriva, après sa sieste, et s'exclama sereinement "Ça a dû être un plan formidable, Tex. Pas vrai ?" devant une équipe médusée et inquiète pour lui. 
Les relations entre le réalisateur et Cooper furent très bonnes, De Toth savait qu'il pouvait compter sur sa vedette. Lors d'un conflit avec son chef opérateur qui aurait pu le faire renvoyer du tournage, il pu compter sur son soutien total ("Si Jack [Warner] vous fout à la porte, pas besoin de regarder derrière vous, je suivrai !" lui déclara la star après une soirée arrosée) et écrivit "C'était un plaisir de travailler avec Coop', un ami à l'épreuve de toutes les intempéries. [...] Il était là, vous saviez qu'il serait toujours là. Une force silencieuse, le symbole de l'honnêteté".
Sur le laconisme de Gary Cooper, André De Toth écrit : "Si Coop' avait été plus détendu, il aurait été une flaque. Lui et Churchill  devaient avoir des gênes semblables, mais ceux de Coop' n'avaient pas besoin d'alcool ; il pouvait s'endormir debout immobile, et immobile, il l'était toujours." (A. De Toth, Fragments, portraits de l'intérieur, Arles, Institut Lumière/Actes Sud, 1998, p. 449-453)

- La grande première du film eut lieu le 22 octobre 1952 à New-York. La sortie française fut programmée pour le 18 août 1953. Le film cumula 2 077 489 entrées en France, dont 408 509 à Paris.

>> RÉPLIQUES
- "Votre tunique est toute tâchée. Est-ce le sang des hommes que vous avez sacrifiés ? Êtes vous fier de vous ? Vous sentez vous aussi brave ?"
(Gary Cooper)

- "Heureux de vous voir ici. Vous êtes de la Virginie ?
- Oui, et vous ?
- De la Caroline du Sud. Vous savez, un jour, j'ai failli vous abattre. Heureusement je vous ai raté.
- Je m'en réjouis. Comment êtes vous arrivé ici ?
- Avec d'autres, on m'a envoyé à McCool. Les chevaux valent plus que les hommes".
(Fess Parker/Gary Cooper)

- "J'ai eu l'opinion du ministère sur le contre-espionnage. Ils se sont moqué. Ils ont jugé absurde de créer une chose qui n'est même pas définie dans le dictionnaire ! On va l'écrire leur définition, et en majuscules !"
(Wilton Graff)

- "L'armée semble hostile aux idées nouvelles. Nous sommes responsables de tant de vies humaines. Mais il se trouve des hommes courageux, entreprenants qui vont au-delà de leur devoir. Vous êtes de ceux là, comme Sharpe, Tennick, et tant d'autres qui se sacrifièrent. Commandant Kearny, vous êtes réintégré dans votre unité avec citation du général en chef des États-Unis. J'ai recommandé votre mutation à la tête du nouveau service de contre-espionnage. Le résultat le plus important de ces opérations est le succès que vous avez obtenu avec le nouveau fusil. Vous avez prouvé sa supériorité au combat, et par conséquent, le fusil Springfield équipera désormais l'armée des États-Unis. Il contribuera à la victoire finale et ramènera la paix et l'unité dans notre pays."
(Richard Hale)

>> CRITIQUES
"Springfield Rifle, originale histoire d'espionnage durant la guerre de Sécession, contient des scènes fortes - le jugement de Gary Cooper filmé en une suite de panos et de travellings, sa dégradation, les magnifiques extérieurs filmés dans le brouillard - mais un second sujet (le fusil à répétition qui donne son titre au film) vient se greffer sur le premier et le banaliser sans aucune compensation". (B. Tavernier et J.-P. Coursodon, 50 ans de cinéma américain, Paris, Omnibus, 1995, p. 424)

"Western classique : Cooper est parfait et la mise en scène de De Toth efficace." (J. Tulard, Guide des films (F-O), Paris, Robert Laffont, 2002, p. 1962)

>> PHOTOS

mercredi 30 mars 2011

Le train sifflera trois fois (1952)


>> ÉQUIPE TECHNIQUE / CARACTÉRISTIQUES
Titre original : High Noon, Réalisateur : Fred Zinnemann, Scénario : Carl Foreman, Producteur : Stanley Kramer, Musique : Dimitri Tiomkin, Photographie : Floyd Crosby, Direction artistique : Ben Hayne, Montage : Elmo Williams et Harry Gerstad, Genre : Western, Durée : 85 minutes, Noir et Blanc, Sortie US : 30 juillet 1952.

>> DISTRIBUTION
Gary Cooper (Will Kane), Grace Kelly (Amy Fowler Kane), Thomas Mitchell (Jonas Henderson), Lloyd Bridges (Harvey Pell), Katy Jurado (Helen Ramirez), Otto Kruger (Juge Percy Mettrick), Lon Chaney Jr. (Martin Howe), Harry Morgan (Sam Fuller), Lee Van Cleef (Jack Colby).

>> HISTOIRE
Le jour où il épouse Amy Fowler et qu'il remet son insigne de shérif après plusieurs années de service, Will Kane apprend que Frank Miller, un homme qu'il avait fait condamner et qui a été gracié, arrive en ville par le train de midi, pour venir se venger. Trois de ses hommes l'attendent déjà à la gare. Poussé par les habitants à partir le plus vite possible, Kane revient sur ses pas et compte bien protéger la ville et ses concitoyens. Pour cela, il espère être soutenu par une dizaine d'hommes.
Dénouement. Mais très vite, il s'aperçoit que ses adjoints attitrés ne veulent pas risquer leurs peaux, par peur, ou par vengeance envers le shérif. Tandis que sa femme menace de le quitter s'il ne revient pas sur sa décision d'affronter Miller, Kane tente de recruter des hommes. Il se rend dans le saloon, qui lui est hostile, puis à l'église, où on préfère rester neutre et le voir partir pour éviter les ennuis et assurer sereinement l'avenir de la ville. Kane ne trouve pas d'appuis non plus chez l'ancien shérif, trop âgé, et son seul adjoint fidèle, effrayé d'être seul à ses côtés, le quitte. A midi, quand débarque Frank, le shérif est seul, les rues désertes. Il va donc affronter les quatre hommes, et les abattre les uns après les autres, avec le concours de sa femme, revenue par amour pour son mari. Victorieux mais amer, il n'adresse pas un mot aux habitants qui se massent autour de lui, et jette son étoile de shérif à terre, avant de prendre la route avec sa femme.

>> AFFICHES


>> NOMINATIONS ET RÉCOMPENSES
Nominations :
- Cérémonie des Oscars, 1953 : Meilleur film, Meilleur Acteur (Gary Cooper), Meilleur réalisateur (Fred Zinnemann), Meilleur Scénario (Carl Foreman), Meilleure Musique (Dimitri Tiomkin), Meilleure chanson originale (High Noon, écrite par Ned Washington, musique de Dimitri Tiomkin), Meilleur montage (Elmo Williams et Harry Gerstad).

- Cérémonie des Golden Globes, 1953 : Meilleur Acteur dans un film dramatique (Gary Cooper), Meilleur film dramatique, Meilleure musique de film (Dimitri Tiomkin), Meilleure actrice dans un second rôle (Katy Jurado), Meilleur scénario (Carl Foreman), Meilleure photographie en noir et blanc (Floyd Crosby), Meilleur espoir féminin (Katy Jurado).

- National Board of Review Awards, 1952 : Meilleur film.

- New York Film Critics Circle Award, 1952 : Meilleur film.

Récompenses :
- Cérémonie des Oscars, 1953 : Meilleur acteur (Gary Cooper), Meilleure musique (Dimitri Tiomkin), Meilleure chanson originale (Dimitri Tiomkin/Ned Washington), Meilleur montage (Elmo Williams/Harry Gerstad).

- Cérémonie des Golden Globes, 1953 : Meilleur acteur dans un film dramatique (Gary Cooper),  Meilleure musique de film (Dimitri Tiomkin), Meilleure actrice dans un second rôle (Katy Jurado), Meilleure photographie en noir et blanc (Floyd Crosby).

- Cérémonie des Photoplay Awards, 1952 : Star Masculine la plus populaire (Gary Cooper, dans Le train sifflera trois fois).

- New York Film Critics Circle Award, 1952 : Meilleur film.

- Le train sifflera trois fois est classé dans plusieurs listes de l'American Film Institut :
     . 27ème plus grand film de tous les temps 
     . 2ème plus grand western de tous les temps 
     . 10ème plus belle musique de film de tous les temps
     . 25ème meilleure chanson originale de tous les temps
     . 5ème plus grand héros de film de tous les temps (Will Kane, Gary Cooper)
     . 20ème plus grand film à suspens de tous les temps
     . 27ème film le plus inspirant de tous les temps

>> AUTOUR DU FILM
Entretiens avec Carl Foreman (1969, extraits).
- On a écrit que High Noon était le premier western politique ...
- Le premier, je ne sais pas. Mais c'était un film politique. Au début quand j'ai écris le scénario, je voulais faire une parabole sur l'ONU. Mais, tout à coup, la menace de la Commission des activités anti-américaines s'est précisée. Ils se dirigeaient vers Hollywood. [...] Ils avaient des appuis sérieux, comme John Wayne, et comptaient faire rebondir l'affaire en impliquant quelques stars connues, ce qui est plus excitant que des hommes politiques. [...] Pendant la fabrication du film, je reçus un petit papier rose me convoquant devant la Commission et je me suis trouvé rapidement dans la situation de Gary Cooper. Mes amis m'évitaient. [...] Je n'ai plus eu qu'à transposer certains dialogues dans un cadre de western pour obtenir High Noon.

- C'est vous qui deviez faire le film à l'origine ?
- Oui, je voulais devenir metteur en scène. J'étais devenu plus sûr de moi et je connaissais mes possibilités, et mes limites. Mais le studio n'a pas voulu. [...] Au départ le rôle était écrit pour Fonda, mais il n'était plus libre. Nous l'avons envoyé à Cooper qui l'a tellement aimé qu'il a accepté de le faire pour vingt-cinq millions au lieu de cent. On ne pouvait plus refuser. Il est formidable d'ailleurs dans le film, et il s'est conduit de manière irréprochable durant le tournage.

- Alvah Bessie déclare qu'il a "mouchardé".
- C'est faux. Alvah Bessie est atteint d'une manie de la persécution et croit que tout le monde l'a dénoncé. En fait, Cooper s'est bien comporté. [...] Durant High Noon, il m'a beaucoup aidé. Comme je vous l'ai dit, j'avais été convoqué et j'étais bien décidé à ne pas "coopérer". [...] Or, un matin, je décidai de rester [chez moi], car Zinnemann n'avait que deux gros plans à tourner dans une scène que j'avais vu tourner la veille en continuité. Ce n'était pas très important. J'ai donc regardé la télévision et je vois arriver un acteur du film qui se met à donner une liste de noms. Tout à coup j'entends le mien. Je sursaute. Le type répète 'Carl Foreman'. Pour moi, tout était fini. [...] J'appelle Fred, le mets au courant de la situation et nous réunissons toute l'équipe. Je leur fais un petit discours pour annoncer ce qui était arrivé et je demande à ceux qui veulent quitter le film de partir tout de suite. [...] Cooper s'approche de moi et dit 'C'est très bien ce que vous avez dit, très bien. Je ne veux pas que vous alliez en prison. On a besoin de vous sur ce film et on va vous aider." Je ne prétends pas que c'est la prise de position la plus révolutionnaire que l'on puisse entendre, mais dans la situation où j'étais, c'était quelque chose de formidable et de très bouleversant. Plus tard Kramer a essayé de me virer [et s'est dit] 'Avec Cooper, j'aurai plus de chance'. Mais Cooper n'a pas cédé, à leur grande stupéfaction. Il a dit qu'il quitterai le film si on me renvoyait. [...]

- Pour en revenir à High Noon, ce n'était pas un scénario original ?
- Si, mais quand je l'ai terminé, je me suis aperçu qu'il y avait une nouvelle qui présentait certaines ressemblances. Cela s'appelait The Tin Star. Nous avons acheté les droits pour ne pas avoir d'ennuis. Nous avons acheté les droits pour ne pas avoir d'ennuis. Ce qui me fascinait, c'était de faire coïncider le temps de l'intrigue avec le temps réel. Ce n'était pas nouveau, mais, dans ce cas, cela renforçait le suspens moral de l'histoire.

- Est-ce que les gens ont compris la parabole politique ?
- Cooper ne l'a pas comprise. Il sentait qu'il était dans un western plus ambitieux que ceux qu'il avait tournés, il adorait son personnage, mais il n'a pas compris. Avec lui, cela n'aurait rien changé. Kramer s'en est rapidement rendu compte. Au début, il ne croyait pas au film, après il l'a detesté. [...]

- Nous avons souvent l'impression que Zinnemann ou Robson n'ajoutent rien au scénario.
- Ils le suivent de très près, mais parfois il suffit d'un détail pour tout bouleverser. Ainsi, dans High Noon, je n'étais pas d'accord avec Zinnemann sur la direction de Grace Kelly. Il la faisait jouer avec beaucoup trop de sobriété. Comme elle était opposée à Cooper, qui est le roi de l'underplay, elle paraissait toujours en faire plus que lui. Et Zinnemann voulait gommer, ce qui était une erreur, car à vouloir en faire moins que Cooper, on risque de disparaître de l'écran. Il y a deux scènes que je n'ai pu contrôler et où elle existe à peine. De plus elle n'était pas très expérimentée. [...] Vous savez, le film est revenu à très bon marché. Nous avions beaucoup d'excellents acteurs que nous avons utilisés une semaine, comme Thomas Mitchell. Le personnage joué par Mitchell symbolisait très bien l'attitude d'une certaine fraction soi-disant libérale d'Hollywood. J'ai rencontré beaucoup de Thomas Mitchell et pas beaucoup de Cooper. C'est pourquoi je n'ai pas voulu faire mourir Cooper à la fin, comme je l'avais pensé au début. Dans le contexte politique d'Hollywood, cela aurait été une grave faute morale : il fallait montrer que le courage pouvait payer. Par ailleurs, Zinnemann a insisté sur le fait de photographier High Noon comme des actualités, sans ombre, ni contraste, ce qui était une bonne idée. (B. Tavernier, Amis Américains, entretiens avec les grands auteurs d'Hollywood, Arles, Institut Lumière/Actes Sud, 2008, p. 611-617)

- John Wayne, qui "s'identifiait de plus en plus avec son double cinématographique", critiqua fortement Le train sifflera trois fois, au motif qu'il était anti-américain et accusa Hollywood d'être un foyer de communistes. (J. McBride, A la recherche de John Ford, Arles, Institut Lumière/Actes Sud, 2007, p. 641). Il refusait de le considérer comme un grand film, car il voyait en Carl Foreman un "activiste de gauche" et qu'on voyait Gary Cooper jeter et fouler au pied son insigne de shérif. (M. Zolotow, John Wayne, ou l'épopée du courage, Paris, Editions France-Empire, 1979, p. 200) Toutefois, c'est John Wayne qui alla chercher l'Oscar remporté par Gary Cooper, absent lors de la soirée. Quelques années plus tard, en 1971, il déclara au magazine Playboy "C'est la chose la plus anti-américaine que j'ai vu de toute ma vie. Le pire est le vieux Coop piétinant son étoile de shérif. Je n'ai jamais regretté d'avoir aidé à chasser Foreman du pays. Je lui ai dit qu'à mon avis, il avait considérablement terni la réputation de Gary Cooper." (P. Brion, Cinéma : le western, Genève, Liber, 1996, p. 84)

- Le film fut un grand succès en France. Il cumula (de 1952 à 1999), 5 744 243 spectateurs, dont 1 507 404 à Paris, se classant ainsi 6ème plus gros succès de l'année 1952.

- La chanson Si toi aussi tu m'abandonnes connut également le succès aux États-Unis et en France (où elle fut popularisée par John William).

>> RÉPLIQUES
- "On a des cercueils ?
- Deux.
- Il va nous en falloir deux autres. Au boulot."
(William Phillips/Guy Beach)

- "Avec des adjoints, on peut peut-être éviter le pire.
- C'est inévitable.
- Alors autant que ça se passe ici."
(Gary Cooper/Grace Kelly)

- "Écoute moi bien. Tu es beau garçon et très costaud. Mais Kane, lui, est un homme. Les muscles ne suffisent pas, tu as encore du chemin à faire."
(Katy Jurado)

- "Notre ville n'a jamais eu de meilleur shérif. Si Miller revient aujourd'hui, c'est notre problème, pas le sien. C'est notre ville, nous l'avons fondé. Si nous voulons la protéger, tâchons de réfléchir. Nous devons trouver le courage d'agir décemment, quel qu'en soit le prix. Il y aura du grabuge quand Miller trouvera Kane et le sang coulera, c'est inévitable. Dans le Nord, les gens pensent à cette ville : ils projettent d'investir ici et de construire des usines. Pour nous c'est énorme. S'ils apprennent qu'ici on pille et on tue, que diront-ils ? Qu'ils feraient mieux d'investir ailleurs, et tous nos efforts auront été vains. En un jour, cette ville reculerait de cinq ans, c'est impensable. Vous savez tous ce que je pense de cet homme. Il est courageux, et bon avec ça. Rien ne l'obligeait à revenir. Et d'ailleurs, cela aurait été préférable s'il ne l'avait pas fait. S'il n'est pas là à l'arrivée de Miller, il n'y aura pas de bagarre et demain, nous pourrons offrir nos services au nouveau shérif. Je crois qu'ainsi tout se passera bien. Voilà mon avis, je ne vois pas d'autre solution. Tu ferais mieux de partir, il est encore temps. Fais le pour toi ... et pour nous."
(Thomas Mitchell)

- "J'ai toujours voulu te ressembler, tu as été shérif toute ta vie.
- Toute ma vie. On risque sa peau pour arrêter des meurtriers que les jurés libèrent, et qui reviennent se venger. Si on est honnête, on est pauvre. On finit par mourir seul, dans une allée lugubre. Et pour quoi ? Pour rien. Pour une étoile en ferraille.
- Le juge est parti, Harvey m'a lâché et je n'ai pas d'adjoints.
- Tout est arrivé trop vite. Il en faut des mots pour faire respecter la loi et faire agir les gens. Peut-être qu'au fond, ça leur est égal."
(Gary Cooper/Lon Chaney Jr.)

>> CRITIQUES
"Carl Foreman, qui fut longtemps le scénariste attribué et le collaborateur de Kramer, a construit sur une quelconque novel un scénario d'une admirable rigueur. [...] Unité de temps, de lieu, d'action ; style très dépouillé, pas une fioriture, pas de pittoresque, tout concourt à faire de High Noon une manière de chef d'œuvre, une sorte de tragédie classique où le poids d'une fatalité envoutante pèse sur chaque seconde d'un récit qui dure exactement son temps réel. [...] Le film constitue un très bel essai sur la solitude. [...] Gary Cooper est l'homme du rôle avec une surprenante vérité. Vieilli, voûté, le visage légèrement bouffi, sillonné de rides profondes, la parole hésitante, il donne de Krane la seule interprétation qui puisse être profondément émouvante et rejoindre le "héros" de la tragédie par delà le héros cinématographique habituel. [...] Plus question de Superman ou de Robin des Bois, la désinvolture avantageuse n'a rien à voir avec le difficile courage du solitaire." (J. Doniol-Valcroze, "Un homme marche dans la trahison", Les Cahiers du Cinéma, 16, octobre 1952)

"Les débats de conscience d'un shérif et le problème de la responsabilité personnelle et collective. Succès critique inattendu qui met à la mode le western dit "adulte" et psychologique. [...] Cette œuvre tellement acclamée devint le symbole du western qu'aimaient ceux qui n'apprécient pas le genre. Ses laudateurs ont défendu son aspect fable politique ...En adaptant la nouvelle beaucoup plus dépouillée et simpliste de Jack Cunningham (qui fait l'impasse sur les deux personnages féminins), Foreman et Zinnemann décrivaient en fait la chasse aux sorcières et le maccarthysme." (B. Tavernier et J.-P. Coursodon, 50 ans de cinéma américain, Paris, Omnibus, 1995, p. 1024)

"Individualiste et anti-héroïque, le western de Zinnemann offre toutefois à Cooper l'une de ses plus belles compositions." (O. Rajchman, "Gary Cooper, l'américain bien tranquille", Studio Cinélive hors série : 20 portraits de stars, 2011, p. 90)

"La composition de Gary Cooper, héros usé, abandonné de tous, y compris de sa jeune épouse, joué par Gene Kelly, alors à son deuxième rôle, est indissociable de l'efficacité et de l'émotion produites par ce western "adulte", dont l'importance sera considérable. Grâce à lui, comme Stagecoach l'avait fait en 1939, le western apparaît comme un genre important. Cette évidence - surtout en 1952 - ne l'avait pas été pour tous." (P. Brion, Cinéma : Le western, Genève, Liber, 1996, p. 84)

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